X,Y,Z 
VARIATIONS AUTOUR DE LA GRILLE

STUDIO POIRIER BAILAY
Médiation complète

L’histoire de l’architecture est intrinsèquement liée à celle du mobilier, les deux se répondant et se complétant. Leur processus de réflexions étant relativement voisin, il n’est pas étonnant que de grands architectes aient été de grands designers. C’est pour l’exemple le cas de Saarinen, Van Der Rohe, Branzi, Pesce… 

 

Pour citer un exemple frappant quant au lien que les disciplines entretiennent, le Crystal Palace (1851) est très souvent cité (pour ses éléments de construction préfabriqués) comme pièces notables des débuts de l’histoire du design. 

 

Dans certaines période l’unité des arts, l’art total est une évidence, personne ne viendra remettre en cause celle de l’art nouveau, qui s’étend de l’architecture à l’ensemble des arts et produits (mobilier, textile, papier-peint, bijouterie, objets et accessoires…). En parallèle la Sécession Viennoise, incluant entre autres, Gustav Klimt, Egon Schiele, et Otto Wagner, luttèrent contre la hiérarchie des arts. 

Plus tard l’évolution de l’industrie impliquera un bouleversement de la conception architecturale, notamment aux travers des éléments pré-fabriqués. Walter Gropius défendais au Bauhaus, l’unités des arts (dans le sens large du terme et inscrivait donc l’artisanat et le design dans cette pensée) pour faire émerger une société harmonieuse. 

 

Pour Pesce l’architecture est la reine des arts, dans le sens où elle réunit la surface qui devient peinture, le mouvement qui devient cinéma, le son qui devient musique et bien sûr la forme qui devient sculpture. Par ailleurs il nous semble difficile de ne pas y inclure le design, dans sa branche de conception d’espace, mais aussi dans celle de l’objet et du mobilier, ce dernier se confondant parfois avec le bâti en lui même. Par ailleurs les réflexions liées à l’objets sont nombreuses, mobilier, objet, luminaire, équipement domestique… Les Superbox d’Ettore Sottsass mettent ainsi en évidence la connexion entre design et architecture.

Bien évidemment le design s’est aussi emparé des canons de l’architecture, des comme le canapé modulable Sunset in New York de Gaetano Pesce, Visiona 2 de Verner Panton à mi chemin entre micro-architecture et installation, dans un registre structurel nous pouvons aussi citer la Construction Lamp Joost van Bleiswijk. Les ponts imaginables entre les disciplines sont multiples. 

 

Ces liens peuvent être également culturels, c’est le cas au japon. Au japon le caractère Wa fait référence à des concepts d’harmonie et de paix, mais aussi à la culture japonaise, au point de devenir préfixe signalant quelque chose de style japonais. Cependant il renvoi à la forme simple et aux matière naturelles d’une création. La philosophie japonaise se retrouve aussi bien dans l’architecture que dans l’objet par la notion de « vide » qui ne renvoi nullement à un manque mais plutôt à un espace de liberté ainsi la forme d’un objet proposant plusieurs manière de se l’approprier représente un vide, une qualité en soi. Dans une époque reculée ce vide créé par exemple par quatre piquets reliés par une corde représenté un espace dans lesquelles les divinité de la nature pourraient trouver refuge, et l’idée qu’il puisse ou non s’y réfugier. C’est sur ce même principe de vide que sont construits les tori, dont le célèbre butterfly de Sori Yanagi est inspiré.  

 

Parfois la recherche en architecture semble se confondre avec celle en design, à l’image du travail de Neri Oxman. Cette dernière conçoit objets, installations et bâtiments comme aucun des ses confrères. Selon elle « Les technologies ne doivent pas – et ne peuvent pas – servir uniquement nos aspirations formelles. Il faut créer un langage commun entre les designers et architectes et les spécialistes de la chimie moléculaire ».

 

Tout cela nous amène à nous interroger sur la question de l’échelle du projet architectural, notamment de la micro-architecture (qui sert de point de recherche au Studio Poirier Bailay) ou du design urbain. Qu’elles sont réellement les limites qui distinguent architecture et design, sont-elles d’ordres conceptuelles, dimensionnelles, fonctionnelles?  

Présentation complète du projet

Ce projet a été réalisé dans le cadre de l’exposition collective du Pli Public Workshop qui s’est  tenue au Pavillon de l’Arsenal de novembre 2019 à janvier 2020.  

À travers le projet X, Y, Z, exploration autour de la grille, nous creusons un langage plastique  déjà présent de façon sous-jacente dans nos précédent projets : la grille, qui est devenu un  motif récurent dans notre travail.  

En effet, en 2016, lors d’un projet autour du gaufrage sur papier, le motif de la grille nous  apparaît comme un des éléments les plus riches de la recherche. Le contraste entre les courbes  libres dessinées par les fibres du papier washi et les lignes droites tracées par le gaufrage  constitue les prémices d’un langage formel qui nous est cher, et préfigure une obsession pour  la confrontation entre grille rigide et éléments organiques. 

X, Y, Z est ainsi une exploration plastique autour de la grille, où éléments naturels cohabitent  avec des structure-objets jouant avec les codes de l’architecture industrielle, le tout  composant des paysages étranges, sans échelle, mais curieusement familiers. Ces objet structures jouent sur les frontières poreuses entre objet, sculpture et micro-architecture.

Biographie 

Tous deux diplomé.e.s de l’école Boulle et de l’ENSCI-Les ateliers, nous avons fondé le studio poirier bailay en 2018, au sein duquel nous travaillons sur des projets à la croisée du design produit et textile. Nous avons démarré notre collaboration à l’occasion de la Résidence Fabbrica Design #4, dont nous avons été lauréats en 2017. Pendant cette  résidence, nous avons travaillé la laine de brebis Corse en partant de sa forme la plus  brute, c’est-à-dire la laine obtenue après la tonte des brebis. Ce projet nous a permis de  poser les jalons de notre pratique commune et de notre univers singulier. 

À travers nos projets, nous tâchons d’interroger le statut des objets domestiques, les modes d’habiter et les moyens de production actuels. Nous imaginons des objets et des espaces qui engendrent d’autres manières de vivre et d’évoluer dans nos intérieurs, mais également des univers esthétiques en marge de l’uniformisation grandissante de nos habitats. Cette réflexion et nos projets autour de l’espace domestique nous ont valu d’être finalistes des Audi Talents 2020 et de la Design Parade Toulon 2019. Nous accordons ainsi une place importante à l’exploration formelle libre, une manière pour nous de brouiller les frontières entre différentes pratiques (design, sculpture,  artisanat, illustration…) et de creuser des registres qui nous tiennent à cœur tels que la  poésie du quotidien, l’étrangeté et la bascule vers la fiction.

Éléments complémentaires

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