PARADOXE VASES

Gaétan Bobichon
Médiation complète

L’histoire du design est profondément ancrée dans celle de l’industrie, aussi la révolution industrielle reste l’un des rares points de concordances entre les historiens et théoriciens du design, permettant d’affirmer que cette période marque et lance réellement le design dans notre monde. 

Les possibilités techniques et technologiques apportées par celles-ci auront bouleversé la manière de produire que ce soit dans l’art ou dans l’artisanat impliquant inévitablement des évolutions de ces domaines. 

Henry Cole croit en une alliance entre les beaux-arts et la production mécanique : la manufacture d’art. Il créera la première exposition universelle qui sera un échec, car pour le public reproduire à l’identique par des machines des pièces habituellement faites par des artisans est un non-sens. L’absence de talent de la main et de sensibilité est de suite mise en cause. C’est pourquoi Henry Cole et d’autres réfléchiront à développer une esthétique propre à l’industrie. 

Les ingénieurs possèdent le savoir industriel mais non pas forcément d’expertise dans la création de forme, quant aux artisans ils sont eux, attachés à leurs savoir-faire il faut donc créer un métier qui lui sera dédié: le designer.

 

Aujourd’hui, le design est toujours rattaché à l’industrie, mais de nombreuses bifurcations ont vu le jour. Ainsi certains designers sont directement rattachés à l’artisanat et aux métiers d’art, pour l’exemple, d’autres, les designer-makers ont saisi le virage dessiné par la CAO (conception assistée par ordinateur).

 

Le design a su emprunter le meilleur des avancées industrielles pour enrichir les savoir-faire artisanaux. Par exemple, Marcel Wanders, en collaboration avec la faculté d’aviation de l’Université technique de Delft, a développé une chaise en corde de fibres de carbone et d’aramide qui redéfinit les possibilités offertes par macramé, jusqu’alors en désuétude.

 

Certains ont également repensé le principe de la série comme c’est le cas du Vase Douglas de François Azembourg. Le designer propose ainsi un protocole qui remet en question les préconçus sur une discipline. Ce qui aurait pu être considéré comme un défaut s’avère être le cœur du projet. En effet à chaque soufflage l’intégrité du moule en bois se détériore générant à chaque réitération un aspect nouveau pour le vase. Comment ne pas citer une grande partie de l’œuvre de Gaétano Pesce et plus spécifiquement son principe de série diversifiée qui propose à partir d’un même moule d’obtenir une multitude de pièces différentes grâce à l’ajout de variables dans les Process de fabrication.   

 

Pour reprendre le cas de la chaise 510-CU de Prisca Razafindrakoto, c’est une technique de l’industrie automobile qui vient enrichir l’artisanat et le design, devenant par la suite le cœur de la production de la créatrice. Une fois détourné de sa fonction première ce processus devient aléatoire, innovant et sensible. 

Présentation complète du projet

Ce projet a commencé par une initiation aux différentes techniques de travail du verre pour pouvoir connaitre les possibilités techniques et esthétiques du verre. Après quelques expérimentations, le projet a été orienté vers la fabrication d’un  seul et même moule permettant de réaliser différentes pièces uniques à chaque soufflage. L’idée est donc de préserver le rapport à la série présente dans le monde industriel, tout en y ajoutant une part poétique et unique du travail artisanal.

 

Un jeu de tiges métalliques positionnées à travers le moule avant chaque soufflage permet d’obtenir une série de pièces uniques. 

 

Cette série a été nommée vases paradoxaux pour l’illusion d’optique, d’un contenant percé, qu’ils renvoient aux utilisateurs.

Fabrication : Equipe de l’atelier verre de la HEAR (Haute Ecole du Rhin - Strasbourg)

Biographie 

Gaétan Bobichon est un Designer - Maker français jouant avec des concepts et des matériaux afin de trouver de nouveaux moyens de penser et produire les objets du quotidien. Il est intéressé par des objets que l'on pourrait situer à la frontière de l'esthétique et de la technique. Selon lui, le designer doit être capable de fournir des solutions pertinentes à des usagers tout en proposant une réflexion sensible et poétique à des citoyens. Utilisant des processus de mise en œuvre, des formes d'engagement social ou des concepts utopiques, il questionne le sens de la beauté, de la valeur, de l'esthétique et du statut des objet de la vie quotidienne.

 

Les objets sont tous conçus et auto produits par ses soins. 

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