ÉLÒJ KRÉYÒL

DACH & ZEPHIR
Médiation complète

Afin de passer de histoire du design à l’histoire; qui de mieux pour ouvrir ce sujet que le célèbre Ettore Sottsass, qui déclarait en 2002:

« faire du design ne signifie pas donner une forme à un produit plus ou moins stupide pour une industrie plus ou moins luxueuse. Pour moi, le design est une façon de débattre de la vie… ». 

Aussi si il y a bien un domaine qui s’intéresse à la vie, c’est bien l’histoire. 

Dans cette réunion entre design et histoire, rare sont les références méritant un véritable intérêt. Aussi le parcours complet de dach&zephyr mérite une attention toute particulière. 

De nombreuses questions historiques se lient au design, bien évidemment l’histoire du design dans un espace donné, les questions culturelles et notamment en termes de croyances, mais aussi celle beaucoup plus évidente des savoir-faites locaux actuels et oubliés. 

Comme toute histoire mérite d’être contée, la question de la transmission semble essentielle, c’est notamment l’une des thématiques engagées par Eleni Kalantidou et Tony Fry dans leur livre « Design in the Borderlands » dans laquelle il développent la théorie de la pensée frontalière. 

 

Cette réflexion nous ouvre la voie pour un autre projet qui selon nous fais sens dans notre thématique du jour. « Age of the World » de Mathieu Lehanneur, en collaboration avec le céramiste Claude Aïello, propose une lecture globale et en 3 dimension de l’histoire du monde.  Au travers du prisme des courbes démographique, ils nous propose indirectement une multitudes d’histoires nationales ( baby-boom, guerre, famine, crise, migration, épidémie, indice de développement du pays…) contenue dans des jarres, comme pour préserver cette histoire.  

Cette reformulation d’un procédé établi de l’histoire permet un éveil des consciences. 

Formafantasma, eux, dans leur projet « Moulding tradition » interrogent, au travers de leur pièces, l’opinion publique Sicilienne, quant à la question de la migration, qui est majoritairement perçue comme « danger pour leur culture ». Pourtant c’est bien l’invasion de la Sicile par les Maures qui a permis à la céramique Majolique d’être introduite en Europe faisant notamment la réputation de la Sicile. 

 

En somme le design rattaché à l’histoire, laisse entrevoir la localité comme source de projet, il permet une transmission, une remise en question, une revalorisation des cultures et notamment des savoir-faire, engage une dimension sociale et politique tout en questionnant les possibles d’une réflexion vernaculaire. 

Présentation Field Essays: Élòge kréyòl

Ce quatrième numéro de Field Essays met en lumière la recherche Éloj Kréyol, menée par le duo de designers dach&zephir (Florian Dach et Dimitri Zephir). Commencée en 2015, Éloj Kréyol est un effort pour réconcilier et réactiver des lignes de vie artisanales et culturelles qui ont été négligées dans la généalogie de l’archipel des Antilles françaises.

Les cinq méandres qui structurent ce livre sont autant d’invitations à méditer sur les biographies enfouies des images d’archives (Rencontre entre Dimitri Zephir, Florian Dach et X, éditée par Sophie Krier) ; les processus de créolisation et d’aliénation qui perdurent dans la société martiniquaise (Paroles créoles, par André Lucrèce) ; l’ingénuité d’une jarre d’eau, d’un simple couteau de cuisine et d’un panier (Tracés d’histoires, par dach&zephir) ; les richesses et les inconnues d’une coopération à travers des cultures dans le domaine du design (Le design comme forme relationnelle, l’esthétique comme agentivité : à propos de dach&zephir, par Lucy Cotter) ; la circulation des normes esthétiques au au tournant du siècle (La ninfacréole, par Thomas Golsenne) ; et ce que nous donnons en héritage à la prochaine génération (Nasyon A Ti Kréyol, Le design comme forme de transmission, par dach&zephir avec École Michèle Gisquet, Vauclin, Martinique). Bon lekti! Bonne lecture !

À propos de Field Essays :

Field Essays adopte une approche éditoriale envers la recherche par la pratique. Elle prends la forme d’une plateforme de conversation qui explore des pratiques périphériques en quête de nouveaux terrains, et de méthodes alternatives. De cette manière, Field Essays articule les pratiques d’aujourd’hui. Field Essays est une plateforme de recherche fondée et dirigée par l’artiste et chercheuse Sophie Krier et canalisée par Onomatopee.

Ce numéro de Field Essays a été rendu possible grâce au soutien de Creative Industries Fund NL,Onomatopee Projects, Provincie Brabant, Atelier Sophie Krier, EnsadLab – PSL Université Paris et des auteurs © 2019

Design graphique : Inedition

ACTEURS

Onomatopee (distributeur), Field EssaysSophie Krier(éditrice), Lucy Cotter (théoricienne décoloniale), Thomas Golsenne (historien de l’art), André Lucrèce (poète et sociologue), Inedition (designer graphique),  Creative Industries Fund NLEnsadLab

Présentation Manman DLO:

Sur l’île de la Martinique et plus particulièrement dans le sud, jusqu’aux années 50, la recherche de l’eau a mobilisé les énergies des communautés créoles, mettant en place toute une série de dispositifs liée à sa récupération et à sa conservation depuis les rivières et les mares.

Manman dlo (à traduire en français par la « déesse des eaux » de Martinique) reconvoque cette tradition, qui, bien qu’ancienne, se perpétue encore sur l’île: « cet objet, appelé Manman dlo par leurs auteurs, est lui-même constitué de plusieurs éléments hétérogènes : une cruche en terre cuite dobann, inspirée d’une forme de jarre importée massivement d’Aubagne et qui servait dans les Caraïbes à garder de l’eau au frais pendant la journée de travail ; un support circulaire de marbre, qui s’inspire des meubles à eau, des buffets couverts d’une plaque de marbre, fréquents dans les maisons coloniales, dont la froideur de la pierre conservait mieux la fraicheur de l’eau des récipients qu’on posait dessus ; un cerclage de vannerie karaïb, produite en Martinique selon une technique locale ; un collier en grèn job ou « larmes de Job », des graines sauvages à la belle couleur nacrée qu’on trouve dans les régions tropicales et dont les pauvres se servent pour faire des parures ; ou encore un globelet de plastique, importation européenne. À travers l’association de matériaux aussi divers, Manman Dlo témoigne des mélanges, transformations et traductions qui constituent le propre de la culture créole. » (in La Ninfa créole, Meanderings in the field of decolonial design — Field Essays 55.3, Thomas Golsenne)

Posée sur un bout de marbre qui permettait de maintenir la fraicheur de l’eau, la jarre de transport devenait alors objet à part entière du service à eau, présentée aux côtés de timbales, verres, et autres nécessaires essentielles à la consommation de l’eau.

Traversant les époques et les classes sociales de l’île, Manman dlo donne à voir une pratique alternative et écologique devenue l’illustration d’un art de vie(vre) aux Antilles. 

Présentation NATK:

Nasyon a ti kréyol constitue le volet de transmission du projet de recherche éloj kréyol autour de la valorisation de l’histoire et la culture créole par le design. Ce second chapitre, succédant au premier chapitre - chapitre pilote - mené en Guadeloupe, s’est écrit sur l’île soeur : la Martinique. 

Pendant trois mois - un mois de pré-recherche et deux mois d’investigation sur le terrain -, les designers ont mené une recherche de fond sur « ce qui fait histoire et identité créole à la Martinique ». Ces trois mois de recherche ont permis de mieux comprendre les richesses de cette île dont les origines se confondent avec l’esclavage colonial, et les différentes façons de s’en emparer pour en faire une identité forte et singulière, riche et ambitieuse.

 

Par le biais d’une cartographie, d’une bibliothèque de matériaux, de techniques et d’objets, de visites culturelles et d’ateliers pratiques, les designers ont proposé aux élèves de se glisser dans la peau d’explorateurs-artistes, à la découverte des richesses de la Martinique.  

Pendant un mois et demi, l’école s’est transformée en un laboratoire d’artistes, véritable espace de liberté, à voix hautes et à multi mains, valorisant une approche orale et ludique, et éminemment didactique.

Tous, membres de la « nasyon a ti kréyol », jouant de la complémentarité des médiums d’expression (photos, dessins, collages, écritures, enregistrements audio, confections plastiques), les explorateurs-artistes sont ainsi devenus les nouveaux ambassadeurs de l’île et de son histoire, à travers la création de 19 totems créoles, proposant 19 visions du monde créole. 

Biographie 

Diplômés de l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris avec les félicitations du jury, Dimitri Zephir (1992) et Florian Dach (1990) forment depuis 2016 le duo de designers dach&zephir. Les deux designers croisent leur vécu qui ont leurs racines à Paris et en Guadeloupe à la recherche de ce qui fait histoire et identité.

Les projets qu’ils mènent, mélange de ferveur et de poésie, ont vocation à être des porte-paroles de biographies et histoires plurielles avec leurs richesses et leurs interférences, célébrant l’urgente et nécessaire diversité du Monde.   Une approche qui s’inscrit dans la pensée Tout-monde du poète martiniquais Edouard Glissant.

Éléments complémentaires

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